La Casamance veut faire du Sénégal un géant du cajou
La filière anacarde veut franchir un nouveau cap au Sénégal. Après la campagne de commercialisation et de récolte, les acteurs du secteur mettent désormais l’accent sur la plantation et l’augmentation des superficies cultivées. Leur ambition est claire : booster la production nationale et placer le Sénégal, dans les trois à cinq prochaines années, parmi les trois premiers pays producteurs d’anacarde.

La filière anacarde entend accélérer son développement au Sénégal. Dans cette perspective, les acteurs du secteur multiplient les initiatives pour encourager la plantation de nouveaux vergers et améliorer les techniques de production. Une stratégie qui vise à renforcer durablement l’offre nationale en noix de cajou et à réduire la dépendance du pays vis-à-vis de certaines sources extérieures de matière première.
Dans la région de Ziguinchor, considérée comme l’un des principaux bassins de production d’anacarde du pays, la mobilisation est déjà engagée. Les acteurs de la filière sillonnent les différentes zones de production pour sensibiliser les producteurs et les accompagner dans la mise en place et le suivi de leurs vergers. « On a été partout en Casamance. Notre objectif, c’est de pouvoir booster la production d’anacarde au Sénégal et, d’ici trois à cinq ans, placer le Sénégal parmi les trois premiers pays producteurs d’anacarde », explique Demba Diémé, président du Cadre régional des acteurs de la filière anacarde.
ÉVOLUER VERS DEUX CAMPAGNES : UNE CAMPAGNE DE PRODUCTION ET UNE CAMPAGNE DE COMMERCIALISATION ET DE RÉCOLTE
Pour le responsable de la filière, cette ambition passe nécessairement par une augmentation de la production locale. Il s’agit notamment de permettre au Sénégal de disposer d’une quantité suffisante de matière première pour développer davantage les activités liées à la transformation et à la valorisation de l’anacarde. Pour que « le Sénégal ne puisse plus compter sur certains pays pour avoir de la matière première », insiste-t-il, mettant ainsi en avant l’enjeu de la souveraineté de la filière.
Au-delà de la commercialisation des noix, les acteurs veulent désormais accorder une place centrale à la plantation. Pour Demba Diémé, le développement de la filière ne peut pas reposer uniquement sur les récoltes annuelles. « Maintenant, dans l’anacarde au Sénégal, il y a deux campagnes : une campagne de production et une campagne de commercialisation et de récolte. Il ne faudrait pas que les gens se focalisent seulement sur la commercialisation et laisser en rade la plantation », déclare-t-il.
Cette nouvelle orientation vise à inscrire le développement de l’anacarde dans la durée. La plantation de nouveaux vergers doit permettre à terme d’augmenter les volumes disponibles et de consolider les performances de la filière. Les acteurs ont également mis en place un mécanisme de suivi des exploitations. « Nous avons aussi mis en place une méthode de suivi de nos vergers qui nous permettra de suivre chaque producteur », précise Demba Diémé. Ce dispositif doit notamment permettre de mieux connaître l’évolution des plantations, d’accompagner les producteurs et de disposer d’un suivi plus régulier des vergers.
UN PROGRAMME D’ACCOMPAGNEMENT DES PRODUCTEURS À TRAVERS LE PROJET DE FERME ANACARDE INTÉGRÉE
Le programme ne se limite toutefois pas à la seule plantation d’anacardiers. Les promoteurs souhaitent développer un modèle agricole permettant aux producteurs de diversifier leurs activités et leurs sources de revenus. « Le programme est accompagné par d’autres projets dont le projet de ferme anacarde intégrée qui consiste à associer à la production d’anacarde d’autres cultures telles que le maïs, le mil, le sorgho, les agrumes… », explique le président du Cadre régional des acteurs de la filière anacarde.
Cette approche entend favoriser une meilleure utilisation des terres tout en permettant aux exploitants de disposer de différentes productions agricoles. Elle pourrait également contribuer à renforcer la résilience des exploitations face aux difficultés auxquelles peuvent être confrontés les producteurs.
L’enjeu est également économique. Cette année, la production d’anacarde a atteint près de 110.000 tonnes, pour un chiffre d’affaires évalué à plusieurs dizaines de milliards de francs CFA. Ces chiffres témoignent du poids économique croissant de la filière et de son potentiel pour les territoires producteurs. Mais, pour les acteurs, le véritable défi reste désormais de consolider cette dynamique, d’accroître la production et de développer davantage la transformation locale.
Dans cette perspective, la campagne de plantation apparaît comme un maillon essentiel. Elle doit permettre de préparer les prochaines années et d’augmenter progressivement les capacités de production du Sénégal. A travers la mobilisation des producteurs, le suivi des vergers et le développement de fermes anacardes intégrés les acteurs de la filière affichent ainsi une ambition à moyen terme : faire de l’anacarde un secteur agricole encore plus structurant et permettre au Sénégal de s’installer durablement parmi les grands producteurs de cajou.
horizon.sn source sud quotidien Ignace NDEYE








