Ziguinchor : à Djefaye Complémentaire, la mangrove au cœur d’une mobilisation pour restaurer les écosystèmes

À l’occasion de la Journée nationale de l’Arbre, le sous-quartier de Djefaye Complémentaire, à Ziguinchor, a été le théâtre d’une importante opération de reboisement de la mangrove. Une initiative portée par plusieurs organisations environnementales et de jeunesse, avec l’appui de l’Aire Marine Protégée (AMP), pour faire face à la dégradation progressive de cet écosystème essentiel à la biodiversité et aux moyens de subsistance des populations.

À Djefaye, la Journée de l’Arbre a pris une dimension particulière. Au-delà de la plantation des espèces mises à l’honneur cette année, notamment le Moringa et le Néré, les acteurs engagés dans la protection de l’environnement ont choisi de s’attaquer à un enjeu majeur pour la Casamance : la restauration de la mangrove.

Dans le sous-quartier de Djefaye Complémentaire, des jeunes et des organisations environnementales se sont mobilisés pour planter des palétuviers, notamment du Rhizophora, une espèce emblématique des écosystèmes de mangrove.

Pour Pierre Marie Diatta, délégué du quartier de Djefaye, qui regroupe Djefaye Mère, Djefaye Biagui 2 et Djefaye Complémentaire, cette opération constitue un signal fort en faveur de la préservation de l’environnement.

« Je ne cesse de remercier l’État du Sénégal pour le choix de cette Journée de l’Arbre », souligne-t-il.

Selon le délégué de quartier, l’initiative revêt une importance particulière dans un contexte marqué par la dégradation progressive de la mangrove.

« Nous avons aujourd’hui procédé au reboisement de la mangrove de Djefaye. Plusieurs organisations se sont réunies ici pour accomplir ce travail : Sauver la Nature, Green Team et l’Organisation des élèves et étudiants de l’Université Assane Seck de Ziguinchor. Ils se sont jumelés et sont venus reboiser la mangrove à Djefaye », explique-t-il.

Une mangrove confrontée à la salinité et aux pressions humaines

La mangrove constitue l’un des écosystèmes les plus précieux de la Casamance. Elle joue un rôle majeur dans la protection des zones côtières, la conservation de la biodiversité et le maintien de nombreuses activités économiques liées à la pêche et aux ressources naturelles.

Mais cet écosystème est soumis à plusieurs facteurs de dégradation. À Djefaye, les acteurs locaux observent notamment une progression de la salinité, qui fragilise les peuplements de mangrove.

Pour Pierre Marie Diatta, la restauration doit nécessairement être accompagnée d’un mécanisme local de protection.

« J’éprouve un sentiment de grande satisfaction parce qu’ils sont en train de restaurer la mangrove. Aujourd’hui, la mangrove disparaît peu à peu avec l’avancée de la salinité. Voir ces organisations s’unir, soutenues par l’Aire Marine Protégée, est une initiative extrêmement précieuse », se réjouit-il.

Un comité de veille pour assurer le suivi des plants

Conscient que planter ne suffit pas et que la réussite d’une opération de restauration écologique dépend également du suivi des plants, le délégué de quartier entend mobiliser la communauté.

Il annonce ainsi son engagement à protéger les espaces reboisés et à sensibiliser les habitants.

« En tant que délégué de quartier, je me dois de prendre mes responsabilités, avec l’accompagnement de ma population », affirme-t-il.

Parmi les mesures envisagées figure la création d’un comité de veille et de protection chargé de suivre régulièrement l’évolution des plants et de veiller à la protection de la mangrove.

Les réseaux communautaires, notamment le groupe WhatsApp du quartier, devraient également être mis à contribution pour diffuser des images, sensibiliser les habitants et mobiliser davantage les autorités locales autour de la préservation de la biosphère.

Le Rhizophora au cœur de la restauration

Du côté de la Direction des Aires Marines Communautaires Protégées, l’opération s’inscrit pleinement dans les objectifs de la Journée nationale de Reboisement.

Sergent Mamadou Ndao, en service au niveau de la Direction des Aires Marines Communautaires Protégées, particulièrement dans l’Aire Marine Protégée de Kassagne-Tiaconda, explique que le choix du Rhizophora répond à une nécessité écologique.

« Nous avons choisi de reboiser l’espèce de mangrove Rhizophora, car nous constatons que cette espèce est menacée », explique-t-il.

L’action est menée en partenariat avec Green Team Ziguinchor, dans une zone où l’écosystème subit plusieurs formes de pression.

« L’écosystème subit de fortes pressions dues aux conditions climatiques, à l’action de l’homme et à l’augmentation de la salinité. Il était donc indispensable de renforcer notre action en replantant du Rhizophora », poursuit-il.

Cette restauration de la mangrove dépasse ainsi la seule question environnementale. Elle touche directement à la sécurité alimentaire et aux moyens de subsistance des communautés riveraines.

Poissons, crevettes : préserver la mangrove pour protéger les ressources halieutiques

La mangrove constitue en effet une zone essentielle pour de nombreuses espèces aquatiques. Elle offre des habitats favorables à la reproduction et au développement de plusieurs espèces de poissons, de crevettes et d’autres organismes.

La dégradation de cet écosystème peut donc avoir des conséquences importantes sur les ressources halieutiques et, par ricochet, sur les communautés qui en dépendent.

C’est pourquoi Sergent Mamadou Ndao insiste sur la nécessité d’impliquer davantage la jeunesse.

« Il est crucial de comprendre l’importance de protéger notre environnement. Il faut commencer par initier la jeunesse à l’éducation environnementale et sensibiliser les populations de Ziguinchor à la préservation de la mangrove », plaide-t-il.

Pour lui, la protection de la mangrove doit devenir une responsabilité collective, particulièrement chez les jeunes, appelés à devenir les acteurs du développement de la région.

« Protéger la mangrove est essentiel, car c’est cet écosystème qui permet la reproduction et la subsistance des espèces comme les poissons et les crevettes, qui se raréfient aujourd’hui. Il faut orienter les jeunes vers la protection de l’environnement, car ce sont eux qui seront, demain, les moteurs du développement de la Casamance », souligne-t-il.

De la plantation à la restauration durable

À Djefaye Complémentaire, l’opération de reboisement rappelle ainsi une réalité fondamentale : la restauration des écosystèmes ne peut se limiter à planter des arbres. Elle nécessite un suivi dans le temps, une implication des communautés locales, une sensibilisation permanente et une lutte contre les facteurs qui fragilisent la mangrove.

L’engagement annoncé par les responsables locaux pour assurer la surveillance des plants constitue, à cet égard, une étape importante. Il s’agit désormais de faire en sorte que les jeunes plants survivent, se développent et contribuent progressivement à la régénération naturelle de la mangrove.

Pour le délégué de quartier Pierre Marie Diatta, l’appel est également lancé aux pouvoirs publics afin que l’accompagnement des communautés se poursuive.

« Mon appel à l’État est de continuer à nous accompagner. Avec la couverture médiatique de cet événement, nous espérons un soutien accru pour préserver cette Aire Marine Protégée et garantir un avenir durable aux générations futures. »

À Djefaye, la Journée de l’Arbre aura donc été plus qu’une simple cérémonie de plantation. Elle aura surtout permis de remettre au centre du débat la nécessité de restaurer, protéger et transmettre la mangrove, véritable patrimoine écologique de la Casamance et rempart naturel au service de la biodiversité et des communautés.

C.M.K horizon.sn

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