24e commémoration du Joola : l’État réaffirme son devoir de mémoire et annonce le démarrage des ponts de Ziguinchor

ZIGUINCHOR — Vingt-quatre ans après le naufrage du Joola, la douleur demeure vive dans les familles et dans la mémoire collective sénégalaise. Ce 26 septembre 2026, Ziguinchor a commémoré l’une des plus grandes tragédies de l’histoire du pays lors d’une cérémonie solennelle présidée par le Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Mohamed Lo, à la tête d’une importante délégation gouvernementale. Un moment de recueillement, mais également de vérité, de responsabilité et d’engagements pour l’avenir.

Autour du chef du gouvernement étaient notamment présents Yancouba Diémé, ministre des Forces armées, Alpha Thiam, ministre de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, le ministre de la Jeunesse et des Sports madame Djireye Clotilde Coly , le gouverneur de Ziguinchor Mor Talla Tine, le maire de Ziguinchor Djibril Sonko, le représentant du Conseil départemental, ainsi que les familles et proches des victimes, les rescapés, les autorités religieuses et les notabilités coutumières.

La cérémonie a été marquée par une forte charge émotionnelle. Dans son message transmis par Mlle Sira Gassama, le président de l’Association nationale des familles de victimes a rappelé la mémoire des 1 863 victimes et renouvelé les principales doléances des familles. Parmi celles-ci figurent le renflouement de l’épave du Joola, le renforcement du suivi psychologique des rescapés et la construction du pont Émile Badiane.

« Le Joola doit servir de point de départ à un changement de comportement »

Prenant la parole, le Premier ministre a placé son intervention sous le signe de la compassion, de l’unité nationale et de la responsabilité publique.

« Nous n’avons qu’un message, c’est un message d’espoir, c’est un message d’unité nationale », a déclaré Ahmadou Al Aminou Mohamed Lo, appelant les Sénégalais à préserver la paix, présentée comme « un patrimoine très cher ».

Pour le chef du gouvernement, le temps écoulé ne saurait effacer la tragédie ni la responsabilité de la nation à l’égard des victimes et de leurs familles.

« Le Joola n’est pas seulement une tragédie de notre histoire, c’est devenu une part de notre conscience nationale », a-t-il affirmé, ajoutant que l’État « ne peut jamais oublier cela ».

Le Premier ministre a également insisté sur la nécessité de tirer des enseignements durables du naufrage. Selon lui, la tragédie rappelle que la responsabilité publique ne peut être dissociée du respect des règles, de l’anticipation des risques et de la protection de la vie humaine.

Il a notamment évoqué les dangers toujours présents avec les pirogues surchargées, certaines embarcations utilisées dans le cadre de l’émigration irrégulière et les liaisons fluviales et maritimes insuffisamment contrôlées.

« La leçon du Joola n’est pas derrière nous, elle est encore sous nos yeux », a-t-il souligné.

Le statut du Mémorial avant la fin de l’année

L’un des engagements majeurs annoncés à Ziguinchor concerne le Mémorial national du Joola.

Ahmadou Al Aminou Mohamed Lo a annoncé que le statut juridique du Mémorial fera l’objet d’un traitement avant la fin de l’année. Le projet de décret, a-t-il indiqué, est finalisé et doit lui être transmis.

Les familles de victimes et les rescapés seront associés au processus de finalisation du texte.

« Une nation qui se souvient est une nation qui se respecte », a lancé le Premier ministre, estimant que le Mémorial doit être à la fois un sanctuaire pour les familles, un lieu de recueillement et un espace de transmission destiné aux générations futures.

Il a également insisté sur l’accès des familles au site : « Nul ne devrait avoir à se recueillir devant une porte close. »

Le chef du gouvernement a salué le travail réalisé autour du projet mémoriel, notamment celui de Sokhna Gaye, administratrice du Musée national/Mémorial national du Joola, ainsi que celui des historiens, chercheurs, conservateurs, architectes, artistes, techniciens et partenaires.

Pont Émile Badiane : le gouvernement annonce un démarrage à partir de 2027

Très attendu sur la question des infrastructures, le Premier ministre a également apporté des précisions sur le pont Émile Badiane, dont la réhabilitation constitue une revendication majeure des populations de Casamance.

Selon lui, les procédures liées au marché sont suffisamment avancées pour permettre une inscription budgétaire. Il a annoncé que le pont Émile Badiane et un second pont à Ziguinchor seront intégrés au budget 2027, avec un démarrage des travaux annoncé à partir de l’année prochaine.

« Nous allons rénover le pont Émile Badiane, mais nous allons aussi ajouter, Incha Allah, un deuxième pont. Les études sont prêtes. Le visa pour le marché est prêt », a-t-il déclaré.

Le Premier ministre a toutefois rappelé qu’un ouvrage de cette nature nécessite plusieurs années de réalisation.

Cette annonce intervient alors que la question du pont Émile Badiane occupe une place centrale dans les préoccupations des populations de Ziguinchor et de la Casamance.

Un Conseil interministériel sur le Plan Diomaye Casamance en novembre

Autre annonce importante : la tenue, à Ziguinchor, au mois de novembre 2026, d’un Conseil interministériel consacré à l’évaluation du Plan Diomaye pour la Casamance.

Le chef du gouvernement entend faire de cette rencontre un cadre pour passer en revue les préoccupations soulevées par les populations et les acteurs locaux.

Le Premier ministre a également évoqué le déminage, annonçant que les moyens financiers nécessaires devraient être mobilisés pour permettre l’achèvement du processus.

Plus largement, il a présenté la Casamance comme un territoire appelé à jouer un rôle majeur dans la mise en œuvre de l’Agenda national de transformation Sénégal 2050.

« La région naturelle de Casamance fait partie des territoires pilotes où nous commencerons la déclinaison territoriale des politiques publiques », a-t-il déclaré.

Le renflouement du Joola : prudence et expertise

Sur l’une des revendications les plus sensibles des familles, à savoir le renflouement de l’épave, le Premier ministre a adopté une position prudente.

Reconnaissant la profondeur de la douleur liée à l’absence et au poids du souvenir, il a estimé que le renflouement constitue une opération complexe qui doit être précédée d’une évaluation technique.

« Nous devons aussi nous fier à ce que nous disent les experts avant de nous engager dans des promesses qui pourraient être déçues », a-t-il déclaré.

Il s’est toutefois engagé à poursuivre les échanges avec les familles sur cette question.

Transformer le souvenir en responsabilité

Au terme de son intervention, le Premier ministre a rendu hommage aux sauveteurs, pêcheurs, personnels de santé, forces de défense et de sécurité, volontaires et à tous ceux qui avaient porté secours aux naufragés dans les heures qui avaient suivi le drame.

Vingt-quatre ans après, le Joola reste ainsi au cœur de la mémoire nationale. Mais à Ziguinchor, la commémoration de 2026 aura aussi été celle de plusieurs engagements : statut du Mémorial, association des familles au processus, évaluation du Plan Diomaye Casamance, poursuite du déminage et perspective de démarrage des travaux du pont Émile Badiane et d’un second pont.

« Nous ferons de la mémoire une vigilance, de la douleur une leçon, et du souvenir une responsabilité, et de cette tragédie un engagement renouvelé en faveur de la vie », a conclu le Premier ministre.

Une formule qui résume l’esprit de cette 24e commémoration : se souvenir des disparus, entendre les familles et faire du drame du Joola un enseignement permanent pour la protection de la vie humaine.

C.M.K horizon.sn

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