24e commémoration du Joola : Mor Talla Tine appelle à la mémoire, à la prudence et à la responsabilité

À l’approche du 24e anniversaire du naufrage du bateau Le Joola, prévu le 26 septembre 2026, le gouverneur de Ziguinchor, Mor Talla Tine, veut donner à la commémoration une dimension à la fois mémorielle et pédagogique. Réuni en Comité régional de développement (CRD), l’ensemble des acteurs concernés a examiné et validé, à l’unanimité, le programme proposé par l’Association nationale des familles de victimes et rescapés du Joola.

Au-delà des prières et du devoir de mémoire, l’autorité administrative souhaite faire de cette journée un moment de réflexion sur la prévention des catastrophes et la nécessité de changer certains comportements au quotidien.

« Nous devons éviter que pareil drame ne se reproduise »

Pour Mor Talla Tine, commémorer le naufrage du Joola ne doit pas se limiter à honorer la mémoire des milliers de victimes. La tragédie doit également servir de leçon aux générations actuelles.

« On ne devrait pas tout simplement se limiter à se rappeler de ces vies humaines ou à prier pour elles. On devrait également saisir cette occasion pour sensibiliser », a-t-il insisté.

Le gouverneur a ainsi dénoncé certaines pratiques dangereuses observées quotidiennement sur les routes, notamment la conduite à grande vitesse des motos Jakarta sans casque et le transport de plusieurs passagers sur un même engin.

Il a également pointé du doigt la surcharge des véhicules de transport en commun. Des comportements qui, selon lui, traduisent une forme d’insouciance face au risque et mettent en péril la vie des usagers.

« On ne peut pas mettre derrière chaque personne, derrière chaque véhicule, un policier ou un gendarme », a-t-il rappelé, appelant à davantage de responsabilité individuelle.

La « culture du risque » comme moyen de prévention

Le chef de l’exécutif régional plaide ainsi pour l’instauration d’une véritable « culture du risque » dans les comportements quotidiens.

Pour lui, la sécurité ne relève pas uniquement de l’action des forces de défense et de sécurité. Elle dépend également de la conscience et de la responsabilité de chaque citoyen.

« Cela ne nous coûte pas grand-chose, mais cela peut sauver également des vies », a-t-il lancé, invitant les populations à davantage de prudence afin d’éviter que des drames similaires ne se reproduisent.

Les autorités mobilisées pour la commémoration

Sur le plan organisationnel, Mor Talla Tine a salué la mobilisation des services de l’État, des forces de défense et de sécurité, des services techniques ainsi que des différentes structures appelées à accompagner l’Association nationale des familles de victimes et rescapés du Joola.

L’absence de certaines collectivités territoriales au CRD a également été évoquée. Le gouverneur a expliqué qu’un dysfonctionnement dans la transmission du courrier serait à l’origine de cette situation.

Il a annoncé avoir instruit le préfet du département de Ziguinchor de saisir la mairie et le conseil départemental afin que ces collectivités puissent apporter leur contribution à l’organisation de la commémoration.

Le gouverneur a également rendu hommage au directeur général de la Culture, à l’administratrice du Musée mémorial Le Joola, ainsi qu’au ministre de la Culture pour leur implication dans le processus préparatoire.

Il a notamment salué la rencontre tenue récemment entre le ministre de la Culture et les associations de familles de victimes et de rescapés, y voyant une démarche de « co-construction » qui mérite, selon lui, d’être encouragée.

Mor Talla Tine invite « Le Regard » à surseoir à sa marche

Autre sujet abordé lors de cette rencontre : la marche annoncée le 26 septembre par la structure dénommée « Le Regard », qui entend notamment porter le plaidoyer en faveur de la construction du second pont de Ziguinchor.

Tout en reconnaissant le caractère noble de cette initiative, le gouverneur a invité ses organisateurs à différer leur manifestation afin de se joindre aux familles et aux autorités pour la commémoration du Joola.

Mor Talla Tine a assuré que la question du second pont est déjà prise en charge au plus haut niveau de l’État.

Il a rappelé que le président de la République, lors de son premier séjour dans la région, s’était rendu sur le pont Émile Badiane pour constater son état de délabrement. Des directives auraient ensuite été données aux services compétents pour faire avancer le projet.

Si une date avait été annoncée pour la pose de la première pierre, celle-ci a finalement été différée en raison de l’hivernage. Le gouverneur explique que l’objectif est d’éviter une cérémonie symbolique suivie de plusieurs mois d’attente avant le démarrage effectif des travaux.

Cyprien Lopy : « Lutter contre l’oubli et impulser le changement de comportement »

Président de l’Association nationale des familles de victimes et rescapés du bateau Le Joola, Cyprien Lopy s’est félicité de la tenue du CRD et des engagements pris par les différents acteurs.

Pour l’association, cette rencontre constitue une étape importante dans la préparation de la 24e commémoration du naufrage.

Le programme présenté s’articule autour de trois périodes : avant, pendant et après la commémoration.

Parmi les premières activités prévues figure le nettoyage des différents lieux de mémoire et cimetières liés aux victimes du naufrage. Sont notamment concernés les cimetières de Kantène, Kabadjou et Bassori, ainsi que les stèles d’Affiniam et de Diembéring.

« Les reliques du Joola pour le mémorial-musée »

Cette année, la commémoration est placée sous le thème : « Les reliques du Joola pour le mémorial-musée ».

Un thème qui traduit, selon Cyprien Lopy, la volonté des familles de préserver les traces matérielles et historiques de la catastrophe, mais également de poursuivre le combat contre l’oubli.

« L’objectif qui est retenu, c’est de lutter contre l’oubli, mais impulser également le changement de comportement », a-t-il déclaré.

À l’approche du quart de siècle du naufrage, l’association souhaite une forte mobilisation des populations de Ziguinchor et des familles de victimes. Elle espère également la présence du président de la République pour présider cette 24e commémoration.

La presse appelée à amplifier le message

Cyprien Lopy a enfin lancé un appel à la presse, appelée à jouer un rôle majeur dans la sensibilisation autour de l’événement.

Radio, télévision, presse en ligne et autres médias sont invités à accompagner la communication afin de permettre aux populations de mieux connaître le programme et de participer massivement aux différentes activités.

Vingt-quatre ans après la disparition du Joola, le devoir de mémoire demeure donc intact. Mais à Ziguinchor, les familles de victimes et les autorités veulent désormais aller plus loin : faire de cette tragédie une leçon collective, un appel à la responsabilité et un plaidoyer permanent pour que jamais une catastrophe d’une telle ampleur ne se reproduise.

C.M.K horizon.sn

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