HÔPITAL DE LA PAIX DE ZIGUINCHOR : L’INTERSYNDICALE DÉCLARE LA GUERRE AUX « PROMESSES » ET MENACE DE PARALYSER L’ÉTABLISSEMENT

Équipements en panne, IRM toujours non opérationnelle, dette, dégradation des infrastructures : le SAMES, le SYNTRAS et le SUTSAS durcissent le ton et annoncent plusieurs journées de grève en septembre

La tension monte d’un cran à l’Hôpital de la Paix de Ziguinchor. Après des discussions avec la direction sous l’égide de l’inspection du Travail et de la Sécurité sociale, l’intersyndicale regroupant le SAMES, le SYNTRAS et le SUTSAS estime n’avoir obtenu aucune réponse concrète à ses principales revendications. Face à ce qu’elle qualifie d’« attentisme », elle annonce un nouveau plan d’action comprenant plusieurs journées de grève générale en septembre 2026.

« Un hôpital ne peut pas vivre de promesses ». Le Dr Ousmane Diba, secrétaire général du SAMES à l’Hôpital de la Paix et coordonnateur de l’intersyndicale, a donné le ton.

Pour les organisations syndicales, la situation de l’établissement est devenue suffisamment préoccupante pour ne plus pouvoir être traitée comme une simple succession de problèmes administratifs. Elles dénoncent des équipements d’aide au diagnostic en panne, des ruptures récurrentes de certains examens biologiques, des infrastructures qui se dégradent et des difficultés liées aux effectifs et aux droits financiers des travailleurs.

L’IRM, symbole d’une attente devenue insupportable

La question de l’IRM cristallise particulièrement la colère des travailleurs de l’Hôpital de la Paix.

Destinée à renforcer l’offre de soins et à répondre aux besoins des populations de toute la Casamance, l’IRM attendue depuis longtemps n’est toujours pas, selon l’intersyndicale, effectivement opérationnelle.

Pour les syndicats, cette situation n’est plus acceptable.

Ils réclament le démarrage effectif de l’IRM, mais également la remise en service d’autres équipements essentiels, notamment la radio numérique télécommandée, nécessaire à certains examens spécialisés, ainsi que la radio panoramique dentaire.

Le message du Dr Ousmane Diba est catégorique : l’intersyndicale ne veut plus de promesses, mais une date, une décision et des actes vérifiables.

« Derrière chaque panne, il y a un patient »

Pour les travailleurs, les conséquences de ces dysfonctionnements dépassent largement le cadre professionnel.

« Derrière chaque panne, il y a un patient. Derrière chaque retard, il y a une prise en charge compromise », dénonce l’intersyndicale.

Elle estime qu’un établissement hospitalier de référence ne peut durablement fonctionner avec des équipements indisponibles ou des ruptures de consommables indispensables au diagnostic.

La situation interpelle d’autant plus que l’Hôpital de la Paix constitue un établissement majeur pour les populations de Ziguinchor et, plus largement, de la Casamance.

Quatre dossiers jugés prioritaires

Au-delà de l’IRM, l’intersyndicale met quatre dossiers au premier plan.

La gestion des déchets biomédicaux d’abord, avec l’exigence de la mise en place d’un incinérateur permettant une prise en charge appropriée des déchets issus des soins.

La réhabilitation de l’établissement ensuite. Les syndicats évoquent notamment l’état des toitures, plafonds, voies internes et réseaux de canalisation. Ils demandent au ministère de la Santé et de l’Hygiène publique de concrétiser la promesse de réhabilitation de l’Hôpital de la Paix.

Troisième dossier : la modernisation de l’hôpital. L’intersyndicale réclame une subvention d’investissement à la hauteur des besoins de l’établissement.

Enfin, la dette hospitalière. Les syndicats demandent une subvention spéciale pour permettre son apurement progressif, mais également une réévaluation transparente de la dette et un plan de résorption.

Gouvernance : les syndicats exigent des garanties

L’intersyndicale entend également mettre la gouvernance de l’établissement au cœur du débat.

Elle réclame notamment l’élection des délégués du personnel et du représentant du personnel, la mise en fonctionnement de la commission technique de l’établissement et la nomination d’un auditeur interne chargé de contribuer au contrôle régulier de la gestion financière et opérationnelle.

Pour les syndicats, la bonne gouvernance ne doit pas rester un slogan : elle doit s’appuyer sur des mécanismes de transparence, de contrôle et de reddition des comptes.

22 revendications et un même objectif

Au total, 22 revendications sont portées par l’intersyndicale. Elles concernent notamment les équipements médicaux, les examens biologiques, les droits financiers des travailleurs, les cotisations sociales, les effectifs, l’hygiène et la sécurité, les infrastructures, la gouvernance, la modernisation et la dette.

Les syndicats assurent ne réclamer « ni privilège ni faveur », mais les conditions nécessaires au bon fonctionnement de l’établissement.

Plusieurs journées de grève annoncées en septembre

Faute de réponses jugées suffisamment concrètes, l’intersyndicale passe à l’étape supérieure.

Son deuxième plan d’action prévoit des grèves générales les 3 et 4 septembre, les 8 et 9 septembre, les 14 et 15 septembre, puis les 23 et 24 septembre 2026.

Des journées d’évaluation sont prévues entre ces différentes étapes, notamment les 7, 10 et 16 septembre.

Le 30 septembre, un sit-in est annoncé de 10 heures à 12 heures, suivi d’une évaluation avec la base. En cas d’absence de satisfaction, l’intersyndicale envisage déjà l’adoption d’un troisième plan d’action.

Les syndicats précisent que les mouvements seront organisés dans le strict respect des urgences et du service minimum.

Le dialogue reste possible, mais plus question d’attendre

Malgré cette montée en puissance de la contestation, l’intersyndicale assure ne pas vouloir la paralysie de l’Hôpital de la Paix.

« Notre détermination n’est pas dirigée contre l’hôpital, elle est pour l’hôpital », soutient le Dr Ousmane Diba.

Les syndicats disent rester attachés au dialogue, mais posent désormais une condition : les discussions doivent déboucher sur des décisions concrètes, formalisées et assorties d’échéances précises.

À l’Hôpital de la Paix de Ziguinchor, le compte à rebours est donc lancé. L’intersyndicale réclame des actes sur l’IRM, les équipements, les infrastructures, la dette et la gouvernance. Faute d’avancées, elle entend maintenir la pression tout au long du mois de septembre.

« Nous voulons des décisions, nous voulons des actes, nous voulons des résultats », martèle le coordonnateur de l’intersyndicale.

Le message est clair : pour les travailleurs, le temps des promesses est désormais révolu.

C.M.K. horizon.sn

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