Essaout révèle les trésors agroécologiques de la Basse-Casamance

À Essaout, dans le département d’Oussouye, chercheurs, acteurs locaux et communautés ont mené un inventaire participatif du patrimoine agroécologique de la Basse-Casamance. Cette mission, conduite dans le cadre du projet PRATAM, met en lumière la richesse écologique, agricole et culturelle de ce territoire, tout en alertant sur les défis liés à la préservation de ses écosystèmes.

Dans le village d’Essaout, niché en bordure du fleuve Casamance et proche de la frontière avec la Guinée-Bissau, scientifiques et acteurs communautaires se sont retrouvés samedi pour explorer et documenter les richesses agroécologiques de la zone. Cette mission d’inventaire participatif, initiée dans le cadre de la dynamique de recherche-action PRATAM, vise à mieux comprendre et valoriser les ressources naturelles et les savoir-faire locaux qui façonnent l’identité agricole et environnementale de la Basse-Casamance.

Sous les palétuviers qui bordent la mangrove d’Essaout, l’équipe scientifique du projet PRATAM, accompagnée des membres du comité technique de la DyTAEL (Dynamique territoriale d’innovation agroécologique locale) d’Oussouye et de plusieurs acteurs communautaires, a parcouru les différents espaces qui composent le patrimoine agroécologique du village.
Pour Bruno Turnheim, directeur de recherche à l’INRAE et co-coordinateur du projet PRATAM, cette mission représente une étape importante dans la compréhension des dynamiques locales.
« Nous sommes aujourd’hui à Essaout pour participer collectivement à un inventaire participatif du patrimoine agroécologique de la Basse-Casamance », a-t-il expliqué, soulignant que la position géographique du village et la diversité de ses activités en font un territoire particulièrement riche.
Les participants ont ainsi observé plusieurs composantes essentielles de cet héritage naturel et culturel. Parmi elles, les activités liées à l’huître occupent une place centrale. La cueillette traditionnelle, l’ostréiculture et les techniques de transformation portées par les femmes du village témoignent d’un savoir-faire ancestral étroitement lié à l’écosystème de mangrove.
La mission a également permis d’examiner l’état de la digue anti-sel, une infrastructure cruciale pour la protection des rizières contre l’intrusion de l’eau salée. Selon les observations réalisées sur le terrain, cette barrière naturelle et technique présente aujourd’hui des signes de fragilité.
« Nous avons constaté des menaces qui pèsent sur cette digue, essentielle pour la protection des rizières », a alerté Bruno Turnheim, estimant que ces inventaires permettent aussi d’identifier les défis auxquels fait face le territoire.
Pour Mamadou Lamine Djiba, membre de l’équipe technique de la DyTAEL d’Oussouye et enseignant au CEM de Boukitingo, l’exercice a confirmé l’ampleur des richesses locales.
« Nous avons découvert un patrimoine agroécologique très riche », a-t-il affirmé, citant la riziculture, l’ostréiculture et l’abondance des ressources naturelles. Il a toutefois lancé un appel aux autorités et partenaires pour la réhabilitation de la digue afin de préserver les rizières.
La dimension sociale et culturelle du patrimoine a également été mise en avant. Marie-Louise Diatta, coordonnatrice du Centre départemental d’assistance et de formation pour les femmes et les filles d’Oussouye, a insisté sur l’importance de préserver les pratiques traditionnelles qui contribuent à l’équilibre de l’écosystème.
Elle a salué notamment le rôle déterminant des femmes dans la cueillette et la transformation des huîtres, une activité qui allie savoir-faire ancestral et exploitation durable des ressources naturelles.
Au-delà de l’environnement, ces initiatives peuvent aussi devenir des leviers de développement local. Mme Diatta a cité l’exemple d’une ferme du village qui emploie plusieurs jeunes, estimant que ce type de projets peut contribuer à fixer les populations rurales et réduire l’exode vers les centres urbains.

L’expérience menée à Essaout illustre la richesse et la diversité du patrimoine agroécologique de la Basse-Casamance. Entre mangrove, rizières et savoir-faire traditionnels, le territoire dispose d’atouts considérables pour un développement durable. Pour les participants, cette démarche participative pourrait servir de modèle à d’autres localités de la région, à condition de renforcer la protection des écosystèmes et de valoriser davantage les initiatives locales qui font vivre ce patrimoine.

C.M.K HORIZON.SN

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