Horizon.sn : Vous êtes membre fondateur de KIIRAAY et Président stratégique politique de KIIRAAY à Ziguinchor. Qu’est-ce qui a motivé votre engagement au sein de ce parti et quelle place souhaitez-vous y occuper dans la dynamique politique locale ?
Cherif Younousse Gueye :Mon engagement au sein de KIIRAAY est avant tout motivé par une conviction : la politique doit être un instrument au service du développement, de la justice sociale et de l’intérêt général.
Je suis profondément attaché à Ziguinchor. Originaire de Carabance, j’ai grandi à Ziguinchor, où j’ai construit une partie importante de mon parcours. Cet attachement m’a naturellement conduit à vouloir contribuer davantage à la transformation de notre territoire.
Mon engagement au sein de KIIRAAY repose également sur la volonté de participer à la construction d’une nouvelle manière de faire de la politique, fondée sur l’écoute, la responsabilité, la proximité et le travail.
À Ziguinchor, je souhaite contribuer à une dynamique politique constructive, capable de rassembler les compétences, les jeunes, les femmes, les acteurs économiques, la société civile et la diaspora autour d’objectifs concrets de développement.
Horizon.sn. Vous êtes connu pour votre engagement dans plusieurs secteurs d’activité. Quel bilan faites-vous de votre parcours et en quoi cette expérience peut-elle contribuer au développement de Ziguinchor ?
Cherif Younousse Gueye :Je considère mon parcours comme une école de terrain. Les différentes expériences que j’ai pu acquérir m’ont permis de comprendre une réalité essentielle : le développement ne se décrète pas, il se construit avec les populations et avec les acteurs qui connaissent les réalités du terrain.
Cette expérience m’a appris l’importance de l’organisation, de la responsabilité, de la gestion des ressources et surtout de la capacité à travailler avec des personnes issues d’horizons différents.
Pour Ziguinchor, je souhaite mettre cette expérience au service d’une approche pragmatique. Il faut identifier nos potentialités, accompagner les initiatives existantes et créer les conditions permettant aux acteurs locaux de développer leurs activités.
Horizon.sn. Votre nom est de plus en plus associé à une ambition pour la mairie de Ziguinchor. Sans préjuger d’une éventuelle déclaration officielle de candidature, quelle est aujourd’hui votre vision pour la ville ?
Cherif Younousse Gueye : Avant toute ambition personnelle, je pense qu’il faut avoir une ambition collective pour Ziguinchor.
Ma vision est celle d’une ville moderne, propre, attractive, productive et solidaire, qui valorise ses ressources humaines et économiques.
Ziguinchor doit devenir une véritable plateforme économique et culturelle de la Casamance. Nous avons des atouts considérables dans l’agriculture, la pêche, le commerce, le tourisme, l’artisanat, la culture et les services.
Je souhaite également une ville dans laquelle la municipalité est proche des citoyens, où les décisions sont expliquées, où les ressources sont gérées avec rigueur et où chaque quartier peut faire entendre sa voix.
Horizon.sn. Si vous deviez identifier trois urgences auxquelles la prochaine équipe municipale devrait s’attaquer en priorité, lesquelles citeriez-vous et pourquoi ?
Cherif Younousse Gueye : Je retiendrais trois priorités.
Premièrement : l’assainissement et l’environnement.
Les problèmes d’eaux stagnantes, de déchets, de drainage et d’entretien des espaces publics doivent être traités avec une véritable stratégie municipale.
Deuxièmement : l’emploi et l’autonomisation économique des jeunes et des femmes.
Une ville qui veut préparer son avenir doit donner à sa jeunesse des perspectives professionnelles et entrepreneuriales.
Troisièmement : la modernisation des services municipaux.
La mairie doit être plus accessible, plus efficace et plus proche des citoyens. La digitalisation, la simplification des démarches et la transparence doivent devenir des priorités.
Horizon.sn. L’emploi des jeunes reste une préoccupation majeure à Ziguinchor. Quelles solutions concrètes envisagez-vous pour favoriser l’entrepreneuriat, la formation et l’insertion professionnelle ?
Cherif Younousse Gueye : Il faut passer d’une logique où l’on cherche uniquement à créer des emplois à une logique où l’on aide également les jeunes à créer leur propre activité.
Je propose notamment :
la création d’un dispositif municipal d’accompagnement des jeunes entrepreneurs ;
des formations courtes adaptées aux besoins réels du marché ;
un accompagnement dans la création et la formalisation des entreprises ;
la mise en relation des jeunes avec les structures de financement ;
le développement de l’apprentissage et de la formation professionnelle ;
la création d’un réseau entre entreprises locales et demandeurs d’emploi ;
l’accompagnement des initiatives numériques et innovantes.
Il faut surtout éviter de créer des dispositifs qui restent administratifs. Le jeune doit pouvoir être accompagné de l’idée jusqu’au développement de son activité.
Horizon.sn. Ziguinchor dispose d’un important potentiel dans le commerce, le transport, la pêche, l’agriculture, le tourisme et la culture. Comment la municipalité pourrait-elle mieux valoriser ces secteurs pour créer de la richesse localement ?
Cherif Younousse Gueye : La municipalité doit jouer un rôle de facilitateur et de catalyseur.
Dans l’agriculture et la pêche, il faut favoriser la transformation locale et la commercialisation des produits.
Dans le commerce, il faut améliorer les infrastructures, les marchés et les conditions d’exercice des commerçants.
Dans le tourisme, Ziguinchor doit davantage valoriser son patrimoine naturel, culturel et historique, en développant des circuits qui profitent directement aux populations locales.
La culture doit également être considérée comme un secteur économique à part entière. Nos artistes, artisans et acteurs culturels doivent pouvoir vivre de leur savoir-faire.
Enfin, il faut renforcer les liens économiques entre Ziguinchor, les autres régions du Sénégal et la diaspora.
Horizon.sn. Quelle place accordez-vous aux femmes, aux jeunes, aux acteurs économiques, aux associations et à la diaspora dans votre conception de la gouvernance municipale ?
Cherif Younousse Gueye : Ils doivent être au cœur de la gouvernance locale.
Une mairie ne peut pas fonctionner correctement si elle décide seule, sans écouter les populations.
Je souhaite une gouvernance qui donne une place réelle aux femmes, aux jeunes, aux associations, aux acteurs économiques, aux chefs de quartier, aux organisations communautaires et à la diaspora.
La diaspora représente également une ressource importante. Elle dispose de compétences, d’expériences, de réseaux et de capacités d’investissement qui peuvent contribuer au développement de Ziguinchor.
Mais il faut passer d’une diaspora sollicitée uniquement pour financer des projets à une diaspora véritablement associée à la réflexion et à la construction des projets.
Horizon.sn. En tant que responsable politique de KIIRAAY à Ziguinchor, comment concevez-vous les rapports entre la municipalité, l’État, les collectivités territoriales et les autres acteurs du développement local ?
Chérif Younousse Gueye : Je suis favorable à une relation fondée sur la complémentarité et la responsabilité.
La mairie ne doit pas se considérer comme isolée. Elle doit travailler avec l’État, les services déconcentrés, les autres collectivités territoriales, les partenaires techniques et financiers, les entreprises, les associations et les populations.
Il faut également éviter les querelles institutionnelles qui finissent par pénaliser les citoyens.
Lorsqu’un projet peut améliorer la vie des populations, les différents acteurs doivent pouvoir travailler ensemble, chacun dans le respect de ses responsabilités et de ses compétences.
Horizon.sn. Certains habitants attendent davantage de transparence et de proximité dans la gestion municipale. Quels mécanismes de gouvernance locale souhaiteriez-vous mettre en avant pour renforcer la participation citoyenne et la redevabilité ?
Cherif Younousse Gueye : La confiance des citoyens passe par la transparence et la redevabilité.
Je pense notamment à :
des réunions régulières d’information avec les populations ;
une communication claire sur les projets et leur état d’avancement ;
une présentation régulière de l’utilisation des ressources municipales ;
des mécanismes de consultation des quartiers ;
un système permettant aux citoyens de faire remonter leurs préoccupations ;
une meilleure digitalisation des services municipaux ;
un suivi public des principaux projets de la commune.
Je crois à une mairie qui ne demande pas seulement aux citoyens de voter, mais qui leur donne également la possibilité de participer au suivi de l’action municipale.
Horizon.sn. Enfin, si demain vous décidiez officiellement de solliciter la confiance des Ziguinchorois pour diriger la mairie, quel projet de ville souhaiteriez-vous leur présenter et quel message adresseriez-vous à la population de Ziguinchor ?
Cherif Younousse Gueye : Si cette décision devait être prise, je souhaiterais présenter aux Ziguinchorois un projet de ville réaliste, chiffré, participatif et construit à partir des besoins réels des quartiers.
Ce projet reposerait notamment sur cinq piliers :
Une ville propre et mieux assainie ;
Une économie locale dynamique et créatrice d’emplois ;
Une jeunesse formée, accompagnée et responsabilisée ;
Une meilleure valorisation des femmes, de la culture et du patrimoine ;
Une gouvernance transparente, participative et proche des citoyens.
Je ne voudrais pas présenter aux Ziguinchorois une promesse de plus. Je voudrais leur présenter une méthode, des priorités, des objectifs mesurables et un engagement à rendre compte régulièrement du travail accompli.
Mon message à la population de Ziguinchor serait simple : notre ville possède des ressources humaines, culturelles et économiques considérables. Notre responsabilité collective est de les transformer en opportunités et en progrès pour tous.
Ziguinchor mérite une ambition à la hauteur de son histoire, de son potentiel et des aspirations de sa jeunesse.
C.M.K Horizon.sn









