IMMERSION — PHASES DÉPARTEMENTALES À DJIBANAR

Djibanar : Djiby Diama Massaly, gardien de la mémoire d’un village vieux de plus de deux siècles

Chef du village depuis 2002, Djiby Diama Massaly porte aujourd’hui une double responsabilité : veiller sur les siens et préserver la mémoire d’une communauté dont les racines remonteraient au début du XIXᵉ siècle. À l’occasion de l’organisation des phases départementales à Djibanar, il revient sur l’histoire du village, la succession des chefs, la figure emblématique de Mamadou Malcoumba Mansaly, les activités économiques, mais aussi les besoins urgents d’une localité qui entend profiter de cette manifestation sportive pour mettre en lumière ses potentialités.

À Djibanar, le football n’est pas seulement une affaire de ballon rond. En accueillant les phases départementales, le village ouvre ses portes, mais aussi les pages de son histoire. Dans cette localité où la mémoire se transmet encore largement par la parole des anciens, le chef du village, Djiby Diama Massaly, se présente comme l’un des dépositaires de cette histoire.

Depuis 2002, il est à la tête de la communauté. Une fonction qu’il exerce avec le sentiment d’être le gardien d’un héritage transmis de génération en génération.

« Pour la phase départementale qui se déroule ici, nous remercions beaucoup l’ODCAV. C’est une très bonne initiative. Cela faisait un certain temps que Djibanar n’avait pas accueilli une telle phase. Tout le monde est content. C’est une joie immense », confie le chef de village.

Mais derrière l’enthousiasme suscité par la compétition, Djiby Djamou Massaly replonge dans les origines de Djibanar.

Une histoire qui remonterait à 1800

Selon les récits transmis par les anciens, Djibanar aurait été fondé vers 1800. À l’origine de cette implantation, un homme dont le nom reste associé à la naissance du village : Diamantou Bethio, présenté comme un Balante.

Dans le récit du chef de village, Beccho était connu pour son ouverture et son sens de l’accueil.

« Bethio ne refusait personne. Il acceptait tout le monde. C’est lui qui a fondé ce village », rapporte Djiby Djamou Massaly.

Le fondateur n’a toutefois pas été le premier chef de village. Cette responsabilité est revenue à son premier fils, Abafan Mansaly. Lui succéderont Irama Manssaly, puis Mamadou Malcoumba Mansaly, avant que Djiby Djama Massaly ne prenne lui-même les rênes du village.

Quatre chefs qui constituent, dans la mémoire locale, les principales étapes d’une même lignée.

Mamadou Malcoumba Mansaly, la mémoire d’un défenseur

Dans cette galerie des figures historiques de Djibanar, un nom revient avec insistance : Mamadou Malcoumba Mansaly

Pour l’actuel chef de village, le souvenir laissé par son prédécesseur n’est pas le fruit du hasard.

« Pour Moustapha, c’était mérité. Il méritait qu’on se souvienne de lui. Il était l’ami des enfants. Il les aimait sincèrement et il a fait de grandes choses pour ce village », témoigne-t-il.

Moustapha Mansaly est surtout décrit comme un homme qui aurait consacré une partie de sa vie à la protection de Djibanar et de ses habitants. Dans les périodes de tensions et de conflits qui ont marqué le secteur de Bangooka, il aurait joué, selon le récit transmis par le chef de village, un rôle important dans la défense de la population.

« Même durant les périodes difficiles, pendant les conflits ou les guerres civiles dans le secteur de Bangooka, il s’est battu pour protéger la population. C’était vraiment un grand homme. À tout moment, il surveillait le village et donnait de bons conseils », raconte Djiby Djamou Massaly.

Moustapha Mansaly ne dirigeait cependant pas seul. Autour de lui, un conseil composé de plusieurs personnalités jouait un rôle dans la gestion de la communauté. Parmi elles, Malbinne Mansaly, cité comme l’un de ses proches conseillers, mais également keba Seydi et d’autres figures de la communauté.

Une organisation traditionnelle dans laquelle l’expérience des anciens et la sagesse collective occupaient une place centrale.

Une succession d’imams au cœur de la vie religieuse

L’histoire de Djibanar est également racontée à travers ses guides religieux.

Le chef de village évoque d’abord le Vieux Dahaba, présenté comme le premier imam de la localité. Après lui sont cités Thierno Djibril Ba, Toumany Sano, Afang keba Seydi, puis Omar Ba.

Aujourd’hui, c’est Seckou Seydi qui dirige la prière en qualité d’imam de la localité.

Une succession qui témoigne de l’importance de la tradition religieuse dans la vie communautaire de Djibanar.

Agriculture, pêche et élevage : le socle économique

À Djibanar, la terre et le fleuve continuent de rythmer la vie quotidienne.

« L’activité principale du village, c’est l’agriculture, la pêche et l’élevage », explique le chef de village.

L’élevage occupait autrefois une place particulièrement importante. Mais le phénomène du vol de bétail a contribué, selon lui, à réduire considérablement le cheptel.

Aujourd’hui, l’agriculture et la pêche demeurent les principales activités économiques.

Les femmes ne sont pas en reste. Elles sont fortement impliquées dans les travaux champêtres et le maraîchage, qui connaît actuellement un développement important dans la localité.

« Les femmes travaillent toujours dans les champs et dans le maraîchage. Les jeunes filles sont également impliquées. Elles sont regroupées dans des GIE un peu partout. C’est grâce à ces GIE qu’elles se développent et s’entraident », souligne Djiby Diama Massaly.

À travers ces organisations, les femmes tentent ainsi de renforcer leurs revenus et leur autonomie économique.

Des besoins qui restent nombreux

Mais si Djibanar se réjouit d’accueillir les phases départementales, le chef de village profite de cette visibilité pour rappeler que beaucoup reste à faire.

Parmi les priorités figure notamment l’aménagement du chemin qui mène vers le bord du fleuve.

À cela s’ajoutent l’extension du réseau d’eau potable, l’installation de robinets publics et le renforcement de l’éclairage public dans les zones qui en sont encore dépourvues.

« Les besoins du village sont nombreux. Tout cela est essentiel pour notre développement », insiste le chef de village.

L’éducation figure également parmi ses préoccupations.

Djiby Diama Massaly souhaite notamment une meilleure valorisation du lycée et de l’école arabe. Mais c’est surtout la question des infrastructures sportives qui revient avec force, à la faveur de l’organisation des phases départementales.

Un terrain de sport à aménager pour la jeunesse

Djibanar accueille aujourd’hui des rencontres sportives départementales, mais ses infrastructures restent limitées.

« On aimerait qu’on nous construise un vrai terrain de sport aménagé pour Djibanar. La jeunesse en a vraiment besoin », plaide le chef de village.

L’absence de tribunes, de clôture et d’aménagements appropriés se fait particulièrement sentir pendant les compétitions.

Pour lui, la construction et l’aménagement d’un véritable complexe sportif devraient constituer une priorité pour les pouvoirs publics.

« Pendant ces phases départementales, il n’y a pas de tribune, rien du tout. Clôturer et aménager ce terrain est une priorité que l’État devrait prendre en charge », estime-t-il.

Au-delà du football, l’enjeu est aussi celui de la jeunesse. Offrir un cadre adapté aux jeunes permettrait, selon cette vision, de renforcer la pratique sportive et de créer un espace structuré pour les activités communautaires.

L’hospitalité comme identité

Malgré ces insuffisances, Djibanar entend rester fidèle à sa réputation d’hospitalité.

« L’accueil des visiteurs n’est pas un problème chez nous. Nous avons l’habitude d’accueillir des hôtes », assure Djiby Djama Massaly.

Mais cette hospitalité s’accompagne d’une exigence : la sécurité.

En tant que chef de village, il dit rester particulièrement attentif au bon déroulement de la manifestation.

« Nous veillons à ce que tout se passe dans la sécurité et la sérénité », souligne-t-il.

Dans un contexte de rassemblement de plusieurs équipes, de dirigeants, d’arbitres et de supporters, le chef de village appelle ainsi chacun à faire preuve de responsabilité.

« Le terrain est dédié au jeu »

Son message s’adresse particulièrement aux acteurs du football.

Avant les rencontres, Djiby Djama Massaly invite les uns et les autres à prier pour la paix, quelle que soit leur confession.

Il demande surtout aux joueurs, aux dirigeants et aux arbitres de faire du terrain un espace consacré au sport, au talent et au respect.

« Je demande aux joueurs, aux dirigeants et aux arbitres de se rappeler que le terrain est dédié au jeu. Il faut bannir les pratiques mystiques et privilégier le talent, le respect de l’arbitre et le fair-play », lance-t-il.

Pour le chef de village, la discipline doit rester au cœur de la compétition.

« La discipline est la clé du succès dans le football », martèle-t-il.

À Djibanar, les phases départementales prennent ainsi une dimension qui dépasse le simple cadre sportif. Elles constituent une occasion de célébrer la jeunesse, de renforcer les liens communautaires, mais aussi de rappeler l’histoire d’un village dont les racines, selon la tradition orale locale, plongent dans les premières années du XIXᵉ siècle.

Du fondateur Diamantou Bethio aux différents chefs qui lui ont succédé, en passant par la figure de Mamadou Malcoumba Mansaly, Djibanar revendique une mémoire riche.

Aujourd’hui, avec Djiby Diama Massaly à sa tête depuis 2002, le village poursuit son chemin, entre héritage ancestral et aspirations nouvelles.

Son souhait, au-delà de la fête sportive, est simple : que Djibanar soit davantage accompagné dans son développement, que sa jeunesse dispose d’infrastructures dignes de ses ambitions et que l’hospitalité demeure le trait d’union entre les générations.

« Je remercie tous ceux qui se sont déplacés jusqu’à Djibanar et je vous rassure que tout se passera très bien, sous la protection divine », conclut le chef du village.

C.M.K / S ND horizon.sn

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